Différence entre RS et RNCP : comprendre les défis du passage au RNCP
À mesure que l’écosystème de la certification professionnelle se structure en France, la distinction entre RS (Répertoire Spécifique) et RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) s’impose comme un enjeu crucial pour les organismes de formation. Nombreux sont ceux qui envisagent de faire évoluer une certification RS vers le RNCP, portés par la volonté de proposer des titres attrayants, finançables et plus largement reconnus. Pourtant, la transition n’est ni automatique, ni aisée. Elle implique de profondes adaptations, tant sur le plan pédagogique que sur le plan administratif. Pourquoi cette bascule demeure-t-elle complexe ? Décryptage, pour accompagner les responsables pédagogiques dans cette évolution stratégique.
Comprendre la distinction entre RS et RNCP
Le RS : pour les compétences complémentaires
Le Répertoire Spécifique recense les certifications et habilitations correspondant à des compétences complémentaires aux certifications professionnelles. Il cible les spécialisations ou aptitudes transversales, souvent recherchées dans le cadre du développement professionnel continu. Les certifications du RS ne conduisent pas à un “métier”, mais attestent d’une compétence particulière, telle que la conduite de projets en mode agile, la maîtrise d’un logiciel spécifique, ou l’animation de formations.
Le RNCP : pour accéder à un métier
Le Répertoire National des Certifications Professionnelles, quant à lui, enregistre des titres, diplômes et certifications qui valident un socle de compétences, connaissances et aptitudes permettant l’exercice d’un métier en autonomie. Le RNCP contribue à la structuration des parcours professionnels et à l’employabilité, car il favorise l’accès à des postes clairement identifiés dans les conventions collectives et grilles de classification. Cette reconnaissance nationale implique des exigences bien supérieures en termes de durée de formation, d’architecture et de dispositifs d’évaluation.
Un changement de référentiel, une transformation de fond
Adapter l’objectif et la finalité du dispositif
Passer du RS au RNCP ne consiste pas à élargir une certification existante. Il s’agit d’un changement de paradigme : on passe de la validation d’une compétence transversale à l’accès à un métier. Les référentiels doivent donc être revus en profondeur. Il faut penser les compétences comme un “bloc métier”, structuré autour des situations de travail réelles et avec, pour horizon, l’autonomie sur une fonction professionnelle définie.
Un processus d’ingénierie exigeant
Construire un titre RNCP demande la rédaction d’un référentiel d’activités, compétences et évaluation, aligné sur les attentes du marché du travail. Cela suppose d’analyser les besoins des employeurs, de recueillir leurs attentes via enquêtes ou partenariats, et de justifier la pertinence d’une certification à finalité professionnelle. Un exemple concret : un organisme ayant une certification RS en gestion d’outils numériques pour la formation devra démontrer que les compétences couvertes sont constitutives d’un métier précis (par exemple, “Concepteur Digital Learning”) et non d’un simple complément de compétences.
Des exigences réglementaires accrues
Des critères d’éligibilité renforcés
L’inscription au RNCP est soumise à des exigences strictes, détaillées par France Compétences. Parmi elles, la correspondance de la certification à une fiche métier, la justification d’un niveau de qualification (en lien avec le Cadre National des Certifications Professionnelles), et l’articulation en blocs de compétences pouvant, dans certains cas, être acquis séparément. À l’inverse, les certifications du RS sont moins normées, focalisant sur la transférabilité et la spécificité du ou des savoir-faire visés.
Le dossier d’enregistrement : complexité et attentes
Le dossier de demande d’inscription au RNCP requiert une rigueur bien supérieure à celui du RS. Il importe notamment d’attester d’un taux d’insertion significatif sur le marché de l’emploi, d’organiser un suivi des parcours pendant plusieurs années et d’impliquer les représentants des employeurs lors de la conception et la validation du référentiel. Ce travail administratif, combiné à la nécessité d’un pilotage pédagogique solide, mobilise des moyens importants, souvent sous-estimés par les porteurs de projets.
Conséquences organisationnelles pour les organismes de formation
Une ingénierie de formation à repenser
La migration d’une certification RS vers le RNCP implique de revoir l’ingénierie de formation dans son ensemble. Les modules d’enseignement, les modalités d’évaluation, les modalités de validation partielle (par blocs), tout doit évoluer. Cela impacte la gestion du temps, des équipes et des ressources pédagogiques. Il convient aussi d’assurer la conformité vis-à-vis du référentiel France compétences, notamment au niveau de l’accompagnement des candidats et du suivi de leur insertion professionnelle.
Un modèle économique à ajuster
Proposer une certification RNCP implique des investissements supplémentaires : veille métier, ingénierie documentaire, animation de groupes d’experts, ou encore gestion du processus d’évaluation selon des standards élevés. Les frais de dossiers peuvent grimper, tout comme les dépenses liées à la collecte des données de suivi des lauréats (insertion, poursuite d’études). À noter également, la mise en place d’un conseil de perfectionnement obligatoire pour assurer le pilotage et l’évolution du titre sur plusieurs années.
Impact sur la communication et l’attractivité
Le passage RNCP renforce l’attractivité des parcours auprès du public, mais aussi des financeurs institutionnels. Cependant, la notoriété, la lisibilité de la certification auprès des candidats et des entreprises, ainsi que les critères d’accès au financement (CPF, apprentissage, etc.), demandent une stratégie de communication adaptée, et souvent une montée en compétence des équipes commerciales.
Cas concrets et leviers d’anticipation
Illustration : du RS à un titre professionnel reconnu
Certains organismes ont réussi cette bascule en s’appuyant sur un diagnostic initial approfondi. Par exemple, une association spécialisée dans les métiers du numérique a transformé un RS de formateur digital en titre RNCP de “Concepteur de modules digitaux”. L’évolution a nécessité de travailler conjointement avec des entreprises partenaires, de prouver la demande sur le marché, et de renforcer l’accompagnement à l’insertion professionnelle. Ce succès s’est construit sur une stratégie de co-construction, d’investissement long terme et d’adaptation pédagogique permanente.
Bonnes pratiques et points de vigilance
- Démarrez par une analyse des besoins du marché du travail approfondie, pour valider l’opportunité d’un titre métier.
- Associez les professionnels du secteur cible dès la phase de conception du référentiel.
- Documentez précisément les débouchés professionnels et les taux d’insertion attendus.
- Pensez à l’articulation des blocs de compétences pour renforcer la modularité et l’individualisation des parcours.
- Mobilisez les ressources nécessaires à la constitution du dossier France Compétences, en tenant compte du suivi post-certification.
Faire évoluer une certification du RS vers le RNCP constitue une opportunité stratégique, mais s’apparente à un véritable chantier de transformation. Cette démarche exigeant une refonte des référentiels, un surcroît de rigueur réglementaire et des moyens humains et techniques accrus, il s’avère essentiel d’anticiper chaque étape du processus. Impliquer les parties prenantes dès l’amont, documenter la réalité des débouchés professionnels, et adapter l’organisation interne figurent parmi les leviers majeurs pour réussir cette transition exigeante mais à forte valeur ajoutée pour l’employabilité des apprenants.
FAQ – Questions fréquemment posées sur la bascule RS vers RNCP
- La bascule d’un RS vers le RNCP est-elle toujours pertinente ?
Non, elle dépend de l’existence d’un métier clairement identifié, d’une demande réelle du marché du travail et de la capacité de l’organisme à mobiliser les ressources nécessaires à cette évolution. - Quelles sont les principales difficultés à anticiper lors de la transition ?
Le principal défi réside dans la refonte du référentiel, le respect du cadre réglementaire, la preuve de l’insertion professionnelle et la gestion administrative renforcée. - Peut-on conserver l’ancien RS en parallèle du nouveau RNCP ?
France Compétences peut autoriser les deux certifications si les finalités sont distinctes. Toutefois, en cas de recouvrement, il est fréquent que l’une remplace l’autre. - Combien de temps prendre pour réussir la bascule ?
Le processus complet (de la conception à l’enregistrement) prend de 12 à 24 mois, incluant l’enquête métier, la construction des référentiels et le recueil des partenariats professionnels. - Quelles sont les conséquences pour les apprenants ?
Ils bénéficient d’une meilleure reconnaissance, d’un accès facilité au financement et de nouvelles opportunités d’emploi, mais s’engagent dans un parcours plus long et plus exigeant. - L’accompagnement d’un cabinet spécialisé est-il indispensable ?
Pas obligatoire, mais fortement recommandé pour sécuriser les démarches, gagner du temps et optimiser la structuration du dossier. - Comment valoriser le passage au RNCP auprès des entreprises ?
Communiquez sur la reconnaissance nationale, le lien direct avec les métiers et la capacité des lauréats à être opérationnels rapidement.

