Accessibilité numérique : ce que l’European Accessibility Act (EAA) change pour les organismes de formation

La transformation digitale du secteur de la formation s’est fortement accélérée ces dernières années. Plateformes e-learning, classes virtuelles, LMS, catalogues en ligne : la majorité des organismes de formation proposent aujourd’hui des services numériques pour diffuser leurs contenus pédagogiques.

Mais cette digitalisation s’accompagne désormais d’une nouvelle exigence réglementaire : l’accessibilité numérique.

Avec l’entrée en application de la directive européenne European Accessibility Act (EAA) en 2025, de nombreux services numériques doivent être conçus de manière à être utilisables par tous, y compris par les personnes en situation de handicap.

Pour les organismes de formation, cette évolution soulève plusieurs questions :

  • Les formations en ligne sont-elles concernées par la directive ?
  • Quelles obligations s’appliquent aux LMS et aux contenus e-learning ?
  • Comment rendre ses formations accessibles sans reconstruire tout son catalogue ?

Dans cet article, nous faisons le point sur les impacts concrets de l’EAA pour les acteurs de la formation professionnelle.

European Accessibility Act : comprendre la directive européenne

L’European Accessibility Act (EAA) est une directive européenne adoptée en 2019 pour améliorer l’accessibilité des produits et services numériques dans l’Union européenne.

Son objectif est double :

  1. Faciliter l’accès aux services numériques pour les personnes en situation de handicap
  2. Harmoniser les règles d’accessibilité entre les pays européens

Avant cette directive, les obligations d’accessibilité concernaient principalement les administrations publiques. Désormais, certaines entreprises privées proposant des services numériques au public doivent également se conformer à ces exigences.

L’application de la directive devient effective à partir du 28 juin 2025 pour les nouveaux services numériques mis sur le marché.

Pourquoi l’EAA concerne les organismes de formation

Beaucoup d’acteurs de la formation pensent ne pas être directement concernés par cette directive. Pourtant, plusieurs activités liées à la formation entrent clairement dans le périmètre des services numériques visés par la réglementation.

Les plateformes de formation en ligne

Les LMS (Learning Management Systems) permettent aux apprenants de :

  • accéder aux modules de formation
  • suivre leur progression
  • consulter des ressources pédagogiques
  • réaliser des exercices en ligne

Ces plateformes constituent des services numériques accessibles au public et doivent donc permettre une utilisation par tous les apprenants.

Les sites web de formation

Un site internet qui permet :

  • de consulter un catalogue de formation
  • de s’inscrire en ligne
  • de réserver ou payer une formation

peut être considéré comme un service numérique destiné aux consommateurs.

Dans ce cas, les interfaces doivent être accessibles aux personnes utilisant des technologies d’assistance.

Les contenus pédagogiques numériques

Les organismes de formation produisent souvent :

  • des modules e-learning
  • des vidéos pédagogiques
  • des supports interactifs
  • des documents téléchargeables

Tous ces contenus doivent être conçus de manière à pouvoir être utilisés par différents profils d’apprenants, y compris ceux ayant des limitations sensorielles ou cognitives.

Accessibilité numérique : définition et enjeux

L’accessibilité numérique consiste à concevoir des services digitaux utilisables par tous, y compris par les personnes en situation de handicap.

Cela concerne notamment :

  • les personnes aveugles ou malvoyantes
  • les personnes malentendantes
  • les personnes ayant des troubles moteurs
  • les personnes ayant des troubles cognitifs.

L’objectif est d’éviter que certains utilisateurs soient exclus de l’accès aux services numériques.

Dans le contexte de la formation professionnelle, l’accessibilité numérique vise donc à garantir que chaque apprenant puisse suivre un parcours pédagogique dans de bonnes conditions.

Les standards techniques de l’accessibilité numérique

L’accessibilité des services numériques repose sur plusieurs référentiels internationaux.

Les WCAG

Les Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) constituent le principal standard international en matière d’accessibilité web.

Elles reposent sur quatre principes fondamentaux :

  • perceptible
  • utilisable
  • compréhensible
  • robuste.

Ces règles définissent les bonnes pratiques de conception pour les sites web et les interfaces numériques.

La norme européenne EN 301 549

Au niveau européen, l’accessibilité numérique s’appuie également sur la norme EN 301 549, qui définit les exigences techniques applicables aux produits et services numériques.

Cette norme est souvent utilisée comme référence pour vérifier la conformité des services.

Les défis spécifiques de l’accessibilité dans la formation en ligne

Le secteur de la formation présente plusieurs particularités qui rendent l’accessibilité plus complexe.

La diversité des formats pédagogiques

Contrairement à un simple site web, une plateforme de formation peut contenir :

  • vidéos
  • animations
  • quiz interactifs
  • simulateurs
  • documents téléchargeables.

Chaque type de contenu nécessite des adaptations spécifiques pour être accessible.

La multiplicité des outils

Les organismes utilisent souvent plusieurs solutions :

  • LMS
  • outils auteurs e-learning
  • plateformes vidéo
  • outils de classe virtuelle.

Assurer l’accessibilité de l’ensemble de cet écosystème peut représenter un défi.

Le manque de sensibilisation

Dans de nombreuses organisations, les équipes pédagogiques ne sont pas encore formées aux principes d’accessibilité numérique.

Résultat : les contenus sont souvent conçus sans tenir compte des contraintes d’accessibilité.

Les obligations à anticiper pour les organismes de formation

Même si les obligations exactes peuvent varier selon les situations, plusieurs principes s’imposent progressivement.

Rendre les sites web accessibles

Les pages web doivent permettre :

  • une navigation au clavier
  • une structure claire des contenus
  • des contrastes suffisants
  • des formulaires accessibles.

Adapter les contenus pédagogiques

Les modules e-learning doivent être conçus pour différents profils d’utilisateurs.

Par exemple :

  • ajouter des sous-titres aux vidéos
  • proposer des transcriptions audio
  • structurer les textes
  • décrire les images importantes.

Permettre le signalement des problèmes d’accessibilité

Les organisations doivent également permettre aux utilisateurs de signaler les difficultés rencontrées lors de l’utilisation d’un service numérique.

Les exemptions pour certaines entreprises

La directive prévoit des exceptions pour certaines structures.

Les micro-entreprises (moins de 10 salariés et moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires) peuvent être exemptées dans certains cas.

Cependant, cette exemption ne signifie pas que l’accessibilité devient inutile.

De plus en plus de financeurs, d’institutions publiques et d’entreprises attendent des organismes de formation qu’ils proposent des services accessibles.

Pourquoi l’accessibilité numérique est aussi une opportunité

L’accessibilité est souvent perçue comme une contrainte technique ou réglementaire.

En réalité, elle peut représenter un véritable levier stratégique.

Améliorer l’expérience apprenant

Les bonnes pratiques d’accessibilité améliorent souvent l’ergonomie globale :

  • navigation simplifiée
  • meilleure lisibilité
  • contenus plus structurés.

Cela bénéficie à tous les apprenants.

Élargir son public

En Europe, plusieurs dizaines de millions de personnes vivent avec un handicap.

Rendre ses formations accessibles permet d’ouvrir ses programmes à un public plus large.

Renforcer sa démarche RSE

L’accessibilité numérique s’inscrit pleinement dans une démarche :

  • d’inclusion
  • de responsabilité sociétale
  • d’égalité des chances.

Comment préparer son organisme de formation à l’EAA

Pour les acteurs de la formation, la mise en conformité peut être progressive.

Voici les étapes généralement recommandées.

1. Réaliser un audit d’accessibilité

Un audit permet d’identifier les principaux problèmes :

  • navigation difficile
  • incompatibilité avec les lecteurs d’écran
  • contenus vidéo non sous-titrés.

2. Prioriser les actions

Tous les contenus n’ont pas besoin d’être corrigés immédiatement.

Il est préférable de commencer par :

  • les pages d’inscription
  • les formations les plus suivies
  • les modules principaux.

3. Former les équipes

Les équipes pédagogiques doivent être sensibilisées à l’accessibilité numérique.

Quelques bonnes pratiques simples peuvent déjà améliorer fortement les contenus.

4. Intégrer l’accessibilité dès la conception

La meilleure approche consiste à intégrer l’accessibilité dès la création des nouveaux modules e-learning.

Corriger les contenus après coup est souvent plus complexe.

L’accessibilité numérique : un enjeu durable pour la formation

La digitalisation de la formation ne cesse de s’intensifier. Les plateformes e-learning et les contenus pédagogiques numériques deviennent la norme dans de nombreux secteurs.

Dans ce contexte, l’accessibilité numérique ne doit plus être considérée comme un sujet secondaire.

Elle constitue désormais :

  • un enjeu réglementaire
  • un enjeu d’inclusion
  • un enjeu de qualité pédagogique.

Les organismes de formation qui anticipent ces évolutions seront mieux préparés aux exigences futures et offriront une expérience d’apprentissage plus inclusive.

FAQ : accessibilité numérique et organismes de formation

L’European Accessibility Act s’applique-t-il aux formations en ligne ?

Oui, dans certains cas. Si une formation est accessible via une plateforme numérique ou un service en ligne destiné au public, elle peut être concernée par les exigences d’accessibilité.

Les LMS doivent-ils être accessibles ?

Oui. Les plateformes de formation doivent être compatibles avec les technologies d’assistance et permettre une navigation accessible.

Toutes les formations doivent-elles être modifiées ?

Pas nécessairement. Les organismes peuvent prioriser les contenus les plus utilisés et intégrer progressivement les principes d’accessibilité.

Les petites structures sont-elles concernées ?

Les micro-entreprises peuvent bénéficier d’exemptions, mais l’accessibilité reste fortement recommandée.